L’étude de faisabilité pour la restauration de la continuité écologique dans la Semois avait plusieurs objectifs, centrés autour de six ouvrages : la Vanne Des Moines, le seuil de Martué, le seuil de Lacuisine, le seuil de la noue, le seuil du Moulin Cambier, et le seuil de Termes.
Premièrement, l’état des lieux des six ouvrages ont été réalisés en situation existante. La description et l’historique des ouvrages, ainsi que leur situation administrative, et leurs données patrimoniales ont été recensées. Les sites ne sont plus employés pour l’hydroénergie, bien que des biefs subsistent. Certains sont classés à titre de site archéologique selon le classement interne à l’AWaP, ou encore comme site classé, site archéologique classé, ou comme monument.

Les valeurs d’indice QUALPHY montrent que les sites étudiés font partie de la classe de qualité « bonne » à « très bonne ». Les inventaires WalEUNIS croisées avec les inventaires PNAM, CRSC, ont montré une importante diversité d’habitats et présence d’espèces, dont certaines sont protégées. La Semois est un environnement naturel privilégié. C’est d’ailleurs un axe prioritaire de rétablissement de la continuité écologique.
Les analyses hydrosédimentaires ont identifié une absence de polluants dans les sédiments stockés dans les retenues, ce qui évite les risques de déplacement et de dispersion de composés potentiellement toxiques dans le cas d’un dérasement.
La modélisation hydraulique des six sites a permis de comprendre leur dynamique en situation existante. On observe des sillons de vallées très encaissées à la Vanne Des Moines et à la noue, où les crues font monter le niveau d’eau de façon importante, alors que l’emprise de crue reste limitée dans ces lits majeurs étroits. A l’inverse, le seuil de Termes est situé dans une vallée large et assez plane, ce qui amène les débordements en crue sur une emprise de largeur supérieure à 250m aux endroits les plus étroits. Les ouvrages de Lacuisine, du Moulin Cambier et de Martué sont dans des situations intermédiaires.
Deuxièmement, l’évaluation des effets liés au dérasement a été déterminée en leur associant des indicateurs permettant de les quantifier ou de les qualifier.
L’évaluation des effets a été réalisée notamment via l’évolution des indicateurs employés en situation existante. Des études sont en cours sur la franchissabilité et sur les effets de température des seuils, et viendront compléter l’analyse. De plus, l’évolution des effets a été intégrée selon une échelle de temps à court, moyen et long terme, permettant une analyse plus nuancée et plus complète.
En outre, une Analyse Multicritère a été réalisée afin de prendre en compte les aspects socio-économiques tels que le coût, ou la facilité de mise en oeuvre, l’accès au foncier,… Cette AMC vient complémenter et se connecter aux considérations techniques sur les aspects hydromorphologiques, écologiques, sédimentaires et hydrauliques.
Enfin, une synthèse par ouvrage reprend les recommandations de mesures proposées comme partie intégrante des projets de dérasement. Cela tient compte des effets évalués préalablement, et vise la cohérence avec l’objectif de restauration de la Semois. Ces mesures permettent de limiter les effets négatifs, d’une part, et d’amplifier les effets positifs attendus, d’autre part. A noter que l’approche choisie est peu interventionniste, avec l’optique de laisser libre cours à la rivière de retrouver un nouvel état d’équilibre. Les mesures proposées sont, à nos yeux, le strict minimum à réaliser, dans l’objectif de maximiser la renaturation de l’hydromorphologie et l’écologie de la Semois. Cependant, d’autres mesures pourraient être appliquées pour limiter certains effets si cela était souhaité.
Après évaluation des effets positifs et négatifs du dérasement des seuils, il apparaît que cette action constituerait un gain notable pour la biodiversité et la qualité biologique, physico-chimique et hydromorphologique de la Semois.
Troisièmement, des alternatives possibles au dérasement ont été brièvement développées à titre exemplatif sur base des résultats précédents, dans la mesure ou le dérasement, qui présente des bénéfices écologiques et hydromorphologiques plus ou moins importants et systématiques pour chaque site, ne serait pas souhaité en regard de conséquences socio-économiques, paysagères ou patrimoniales qu’il engendrerait, et qui pourraient constituer un motif de refus de sa réalisation par les parties prenantes.
La présente étude se cantonne tant que possible aux aspects techniques, sans porter de valeur de plaidoyer. Celle-ci pourra être adressée et débattue dans l’espace public avec les différentes parties prenantes. Un tel projet représente en effet un enjeu citoyen, et ne peut être imposé.
