La recherche par le projet (Research by Design) est une méthode d’analyse et de conception urbaine dans laquelle le projet n’est plus une finalité mais un outil pour explorer et tester différentes configurations. Elle repose sur une approche exploratoire, où le dessin, la modélisation et la scénarisation permettent d’interroger les dynamiques d’un territoire, de formuler des hypothèses et de tester des visions alternatives, sans chercher de solution figée.
Dans le cadre d’un accord-cadre confié par le Département Urbanisme de la Ville de Bruxelles, TER Consult, en charge des aspects environnementaux (trames verte, bleue et brune), collabore avec le collectif ACT, responsable des volets architecturaux et urbanistiques. L’un des volets de cet accord-cadre porte sur le site de Hannetaire à Haren, un site particulier contrasté entre le caractère rural et résidentiel et la présence d’infrastructures tels que le réseau ferroviaire, le trafic aérien et routier.
L’objectif de la mission est de développer des variantes d’aménagement du site qui aident à la décision pour des projets futurs.

Comprendre le site d’un point de vue environnemental
La première étape de la démarche a été de poser un diagnostic approfondi, en s’appuyant sur les trois trames écologiques – verte, bleue et brune – comme clés de lecture du territoire.
- La trame verte a fait l’objet d’un inventaire faune-flore-habitats présents sur le site, sur base de la typologie EUNIS. Ce travail, réalisé par François Lehaire (écologue, TER Consult), a permis de révéler la présence d’espèces protégées, comme l’orchidée Epipactis helleborine, et de haies anciennes, saules têtards et autres éléments du maillage vert bruxellois à préserver ou renforcer.
- La trame brune s’est concentrée sur la qualité des sols, à partir de l’indice développé par Bruxelles Environnement. Elle a mis en évidence certaines zones sensibles, propices à des usages légers ou à une régénération écologique, plutôt qu’à une artificialisation intense.
- La trame bleue a été explorée par les hydrologues Christophe et Léna. Leur analyse s’est fondée sur des données variées : tests d’infiltration, cartes de perméabilité, profondeur des nappes, risques d’inondation… Objectif : évaluer la faisabilité d’une gestion intégrée des eaux pluviales (GIEP) à la parcelle

Ce diagnostic croisé a permis de faire émerger les invariants du site, ces éléments qu’il convient de préserver ou de valoriser : la zone humide centrale, les lisières boisées, les connexions écologiques le long des voies ferrées, la diversité des habitats, la topographie du terrain, les usages existants et les potentiels de continuités vertes, notamment vers le quartier voisin de Buda.
Construire le projet avec les parties prenantes
Une part essentielle de la démarche repose sur l’intelligence collective. À travers une série de workshops organisés avec les parties prenantes locales, le collectif ACT a animé des moments d’échange constructifs et interactifs. Maquettes, cartes, supports visuels ont permis à chacun de se projeter dans les différentes hypothèses d’aménagement, de formuler des réserves, de poser des questions, d’affiner les orientations.
Cette méthode participative n’a pas cherché à obtenir un consensus immédiat, mais plutôt à faire émerger les enjeux partagés, les points de friction, les éléments fédérateurs.

Vers une prise de décision
Enfin, chaque scénario a été consolidé et analysé à travers une lecture croisée de ses avantages et inconvénients. Loin de proposer une solution unique, le projet met sur la table une palette de possibles, chacun avec ses forces, ses fragilités, ses implications. Cette posture ouverte reflète l’esprit de la recherche par le projet : produire du savoir par le dessin, formuler des hypothèses, questionner, plutôt que trancher.